Journal de guerre de Jean Bousquet 1914-1919. Cliquez ici pour voir tous les messages les uns sous les autres...

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Voici le 1er tome du journal de Jean Bousquet de Rouvex durant la guerre de 1914/1919.

Il y a 79 chapitres. Ceux-ci ont été mis dans l'ordre chronologique de frappe.

Le second volume vient de voir le jour à cette adresse : 

http://laguerredejean2.canalblog.com/

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01 mars 2013

1 - La Grande Guerre en Photographies

   

 

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Photo prise entre 1914 et 1916 lors d'une permission à Paris à l'aide de miroirs.

 

   Pendant la Guerre j'avais  pensé à plusieurs reprises faire un album de toutes les photos que je faisais ou qui me resteraient à faire en les accompagnant d'un petit récit pour éviter les absences de mémoire possibles; -mais vers 1916 j'avais renoncé à ce projet sachant que ce serait un travail long et peu interessant pour ceux qui auraient l'occasion de le parcourir-.

   En 1918 j'ai même demandé à mes parents de brûler toutes les lettres que je leur écrivais depuis le 1er août 1914 tous les jours, il ne me restait donc uniquement que les photos.

   Je pouvais les regarder si bon me semblait, mais je devais donner quelques sommaires explications sur chacune si je donnais mes albums en communication à mes proches ou amis.

   C'est alors que je me suis armé de courage pour faire malgré tout un receuil de toutes les photos prises de fin 1914 à mi-juillet 1919 près de 5 années- ces photos sont donc l'oeuvre d'un embusqué de l'avant mais non un vrai combattant, aussi je n'ai nullement l'intention de vouloir passer pour un héros, mais simplement pour un "Jean Bousquet" qui prononcé obligemment a quelque ressemblance avec "embusqué".

 

  Je suppose même que personne n'aura le courage de lire tout integralement, j'en serai navré pour le lecteur, c'est déjà assez de l'écrire, de coller les photos et dessins, d'avoir mis le tout à peu près en ordre.

                                           Paris, le 15 mars 1929

                                              Jean Bousquet

 

 

 

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28 novembre 2013

2 - 8e Hussard, IIe régiment, Ier escadron - 1914

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Meaux. Les sous-officers du 8e (anciens du 4e Hussard) 20/08/1914

Grand-père est au premier rang  5e en partant de la gauche.

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02 décembre 2013

3 - Le 1er août 1914. Départ de Paris

 

Le samedi matin 1er août, je faisais justement cette réflexion : "s'il y a la guerre, je ne me rase plus" - car depuis quelques jours l'on parlait de plus en plus d'une guerre éminente, le bruit courait même que peut-être l'on ferait semblant de s'y résoudre pour donner à réfléchir aux Allemands en nous voyant nous y préparer! en somme faire une fausse mobilisation...

 

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1er août1914. En tenue pour partir rejoindre mon corps de cavalerie sationné à Meaux.

Photo prise sur notre balcon avenue Bosquet à Paris.

 

La veille au soir il y avait affluence sur les Boulevards, pour connaître les nouvelles ; mon frère Raoul avait vu la foule se ruer rue Montmartre où Jaurès venait d'être exterminé par le revolver d'un jeune justicier Raoul Vilain, rémois d'origine (son père habite encore Reims). Je n'avais pas fini ma phrase que mon Père me remet une carte postale que venait d'apporter le facteur, c'était mon ordre d'appel pour rejoindre mon Corps "immédiatement et sans délai". J'ai alors changé d'avis, j'étais à moitié rasé, j'ai continué mon travail. Je me suis alors habillé en Hussard et suis allé au bureau, au grand étonnement de Monsieur Vimont, mon "patron" et des quelques amis que j'ai rencontré ce matin là ; inutile de dire que je n'ai pas travaillé, je venais simplement prévenir que je m'absentais pour X temps.

Aussitôt déjeuné je suis parti à Meaux, où je suis arrivé dans les premiers parmi les réservistes.

Le régiment d'active était parti depuis la veille pour les Ardennes dans la direction de Rocroi, pour garder la frontière Belge. J'ai passé cette première nuit au Quartier avec ceux qui arrivaient comme moi par ordre d'appel particulier après avoir reçu la carte postale d'invitation. Le lendemain je suis désigné par le chef d'escadron Loos, commandant le Dépôt, pour aller à quelques kilomètres de là, surveiller un ouvrage d'art d'après les indications d'un pli de mobilisation ouvert pour la circonstance. Un sous-officier d'active était déjà là avec une vingtaine d'hommes également de l'active. De mon côté j'arrivais avec une vingtaine de hussards. Ceux de l'active partaient comme je l'ai appris plus tard peu après pour rejoindre le régiment au front.

Ce point où je m'installais était le tunnel de Chalifert ; la maisonnette de l'éclusier était dotée du téléphone. Il y avait un tunnel pour le train et un autre parallèle légèrement en contrebas pour le canal de Chalifert, devenu fameux depuis les inondations de Paris en 1910. A l'autre extrémité de ces deux tunnels il y avait également un autre sous-officier arrivé comme moi, commandant une vingtaine d'hommes lui aussi (Maréchal des Logis Plaud).

Quand nous avons fait la relève des 40 hommes de l'active contrairement à ce que je pensais, il y a eu une petite parade militaire que je trouvais superflue mais dont j'ai gardé un bon souvenir. L'Officier de Territoriale qui était le chef de ce secteur, les a fait placer sur deux rangs, présenter les armes, sonner la relève de la garde et défiler devant nous.

Nous prenions possession des consignes et des emplacements.

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05 décembre 2013

4 - "Tunnel de Chalifert"

 

    Pendant huit jours et huit nuits, les hommes se relevaient de faction, de mon côté j'allais de l'un à l'autre, je faisais à chaque instant la navette sous le tunnel du chemin de fer, me mettre en liaison avec Plaud. Avec des hommes nous avons dégagé les abords de la voie de toutes les broussailles qui en garnissaient la sortie de notre côté ; je faisais des battues dans les taillis, bref je prenais à coeur mes nouvelles fonctions tout en regrettant de n'avoir pas été envoyé au front à l'active. Pendant une semaine je n'ai pas pensé me coucher pour prendre un peu de repos, je voulais m'occuper et éviter toute surprise.

 Vers le 4 ou le 5 août, un civil est venu se joindre à moi...il était envoyé par le Ministère de l'intérieur, c'était un inspecteur de police. Ce coin était des plus intéressant à surveiller, c'était un point des plus importants à défendre de toute tentative criminelle, en effet sous le tunnel les trains de troupes passaient sans interruption jours et nuits, les trains de ravitaillements allaient également vers l' Est ; toute la mobilisation semblait passer par là....les wagons portaient des branches aux portières avec des inscriptions à la craie "Paris-Berlin" il y avait des mobilisés de toutes les régions, il y avait des soldats en pantalons rouges empilés depuis un ou deux jours dans des wagons "40 hommes, 8 chevaux" puis des canons, et encore et toujours des troupes. Certains trains de marchandises venant de l'autre sens avaient des chargements de civils belges, ils étaient empilés au milieu de ballots de toutes sortes.

 Plusieurs fois sur un coup de téléphone, nous étions avisés d'ouvrir l'oeil et de faire bonne garde, une auto suspecte avait pu franchir un poste à peu de distance de Paris, sans s'arrêter malgré les ordres donnés. Une nuit nous étions avisés par une de nos sentinelles qu'un individu semblait avancer dans les taillis aux abords du tunnel côté Meaux, il y avait là plus d'arbres et d'arbustes ou taillis que partout ailleurs, il était impossible de voir à plus d'un mètre devant soi, même avec une bonne lanterne électrique de poche. Nous pensions, le "détective" et moi mettre à chaque instant la main sur un espion. Il était dit par l'éclusier, que dans le petit pays tout proche il y avaient beaucoup de gens suspectés d'être à la solde de l'Allemagne. Une autre fois sur le dessus du tunnel où passe la route de Paris, un factionnaire avait cru  entendre du bruit près d'un gros poteau télégraphique supportant une soixantaine de fils. Ce poteau était évidemment très intéressant pour un ennemi qui aurait voulu le faire sauter. Il parait même que le 31 juillet mon prédécesseur avait trouvé dans un fourré près de là, une ceinture de pétards prête à être fixée autour du poteau pour le faire sauter et priver ainsi Paris de toutes ses communications vers l'Est.

 

 A peu de temps de là, au cours d'une nuit un train s'est arrêté sous le tunnel, c'était la première fois que cela se produisait. Il en descend de la troupe.  Un officier m'annonce qu'il vient se joindre à moi avec ses hommes, tous équipés sur le pied de guerre, sac au dos, marmites de campement, rien n'y manquait. Combien y avait-il d'hommes je n'en sais rien, probablement deux sections.

 Ces hommes ainsi que l'officier étaient de l'active, du 76° Régiment d'Infanterie, en garnison à Paris, Porte de Clignancourt.

 A partir de cet instant il y eu un peu de repos pour nous tous. Nous pouvions alors songer à nous coucher. Nous nous sommes faits une petite cabane sur le bord de la voie avec des toiles de tente et des piquets. les repas que nous prenions avec l'Infanterie étaient de vrais repas, j'ignorais jusque là que les soldats savaient faire la cuisine. Je devais le constater aussi plus tard. Il y avait des grillades, des pommes de terre frites etc...tandis que depuis notre arrivée nous recevions bien de la viande de notre dépôt de Meaux, mais pas de pain ; nous allions en acheter au village voisin ainsi que ce qui nous manquait.

 Peu après j'ai reçu l'ordre de laisser la place aux fantassins et de rentrer avec mes cavaliers à Meaux ; cela a donné lieu à une nouvelle relève mais cette fois avec les trompettes pour défiler. Le Capitaine Petit de Territorial qui était chargé de la surveillance de la ligne depuis Meaux jusqu'à Lagny est venu me féliciter de mon activité. (Il  faut dire que pour ma part j'étais déçu de n'avoir pu partir avec le régiment d'active). Une fois à Meaux j'ai dû à nouveau aller me présenter au Commandant du Dépôt, qui à son tour m'a félicité comme j'étais loin de m'y attendre, pour la circonstance un sourire avait remplacé son air glacial que je vis souvent et qui ne le quittait rarement.

 Par la suite au quartier, mes camarades se sont amusés à m'appeler le "Héros de Chalifert". Toutes les occasions étaient bonnes pour nous distraire et passer le temps.

 Pendant que j'étais à Chalifert avec le renfort d'Infanterie, j'ai assisté pour la première fois à une expérience de spiritisme : un sergent du 76° était un gradé énergique et autoritaire, il avait tout ce qu'il fallait pour faire un excellent gradé, commandant d'une voix brève, claire nette et précise ; il avait parmi ses hommes, un soldat bien bâti, grand fort qui lui servait d'automate. Pour me montrer son savoir faire il l'appelle, l'autre vient, se met au garde à vous et attend les ordres de son supérieur. L'ordre est donné clairement avec beaucoup de précision sans oublier un détail, il lui ordonne de dormir, puis lui demande " tu dors n'est-ce pas ? Réponds." A la réponse affirmative, il continue : "Tu vas te mettre en tenue de campagne, capote, sac au dos, équipement complet, tu prendras ton fusil non chargé etc"...puis il lui indique le point où il doit se rendre en premier lieu, les endroits où il doit passer au ps ou en courant, en lui donnant le chemin de retour et l'endroit où il doit s'arrêter, enlever son équipement, s'endormir et ne plus se souvenir de ce qu'il vient de faire. ainsi harnaché il devait franchir une porte de l'écluse au pas de gymnastique tout en maintenant la rampe d'une main, il n'y avait guère de place sur ce passage qui était en ligne brisée pour faire face à la pression de l'eau. L'homme est passé sans difficultés aucune, il a fait son circuit prescrit et est revenu par l'itinéraire indiqué par le sergent. Il s'est couché au point convenu et s'est réveillé dans le délai fixé après un temps de repos.

 

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09 décembre 2013

5 - Avant la première bataille de la Marne

  Notre tour est arrivé d'abandonner la ville. La manutention militaire a dû démolir ses fours de campagnes. Nous étions sans nouvelles, mais c'était une indication que l'ennemi devait se trouver à environ 50 kilomètres. Le dépôt chargeait tous ses fourgons, voitures de vêtements et de harnachements. Les voitures étaient trop chargées, nous devions nous mettre plus d'une fois aux roues pour leur faire grimper la côte du départ, mais crac! une roue s'enfonçait dans une ornière et une bonne partie de "culottes rouges" tombaient dans le fossé. Pas de temps à perdre, la voiture était lestée, on la poussait avec plus d'énergie. Tout à coup un contre-ordre arrive, il faut faire demi-tour et revenir au quartier. Les voitures prennent la direction de la gare.

 Fin août ou début septembre lors de sa visite, mon père me fit la même recommandation qu'il venait de faire un ou deux jours avant, à mon frère Jacques au moment de son départ pour le front "surtout fais ton devoir jusqu'au bout". "Ta mère et moi sommes prêts aux plus durs sacrifices. Je viens de voir Jacques, il est sur le point de quitter son dépôt de l'Ecole Militaire, ton frère Raoul vient de s'engager, quant à ton frère Georges il doit être déjà parti". (22 mois après mon frère Jacques  - 25 ans - était tué au retour d'un bombardement par avion d'une ville allemande et tombait dans les lignes ennemies près du mont Donon.)

 Le 2 septembre en pleine nuit, nous sommes tous rassemblés par petits groupes au milieu de la cour. Tous ceux qui comme moi avaient eu à leur arrivée une affectation spéciale étaient présents. Devant chaque peloton une lampe nous éclairait. Il n'y avait plus rien dans les chambres, nous étions là avec nos musettes...qu'allait-on faire ? Nous n'avions plus de chevaux de selle, il ne restait que 6 ou 7 gros chevaux de traits réquisitionnés pour les voitures.

 Le commandant reçoit des instructions entre autre il fallait envoyer une patrouille à Varreddes. (7 km à l'est de Meaux), je suis désigné avec 4 hommes. La difficulté est d'arriver à seller les gros chevaux. Nous devions mettre deux sangles bout à bout pour leur ajuster la selle sur le dos. Nous les dirigeons ensuite vers notre point de direction en traversant la ville de nuit. Impossible une fois sur la route de les faire trotter, rien à faire. Une fois à Varreddes, le petit jour arrive et avec lui une colonne interminable de soldats anglais en kaki. Il en est passé toute la journée, jamais de ma vie je n'avais vu un tel défilé. Les compagnies suivaient les compagnies, les hommes étaient bien équipés et marchaient en silence. De temps à autre une petite pose de 10 minutes environ était employée par les uns pour se coucher sur le bas côté de la route, par les autres pour pour prendre un bain dans un petit cours d'eau qui passait sous la route à peu de distance de nous. Les officiers anglais venaient me parler, ils ne savaient certainement pas quel était mon grade. L'un d'eux qui sans doute m'avait pris pour un officier m'a fait venir un de ses hommes et m'a montré en détail son équipement ; la façon dont il portait sa pelle et autres ustensiles utilisés à la guerre.

 Puis la colonne se remettait à nouveau en marche. Toute la journée nous avons assisté à ce défilé, semblant être un film sans fin. Les soldats kaki se suivaient en silence, de temps en temps leurs fusils passaient de l'épaule droite sur l'épaule gauche. Le soir assez tard, un cycliste vint me dire de rentrer à Meaux avec mes éclaireurs.

 

 Tout le long de la route à droite et à gauche sur les bas-côtés, dans les prés, dans les terres labourées, dans les bois, partout il y avait des anglais. De loin on aurait dit que toutes les terres étaient labourées, mais une fois arrivé à peu de distance d'eux  l'on voyait que c'était des hommes étendus dans les prés. D'autres étaient occupés à déterrer des pommes de terre dans les champs. Les feux s'allumaient de tous les côtés ; le repas du soir se préparait. Pendant ce temps là nos chevaux de labour marchaient comme des boeufs à nos grande honte ; nous n'étions pas fiers de montrer un spécimen de la cavalerie légère de l'armée française à nos amis les anglais, non seulement nous ne pouvions leur demander d'aller plus vite, mais il nous était difficile de les diriger où nous voulions. A chaque instant nous manquions d'écraser un "Tommy". Enfin nous arrivâmes à Meaux. Pas trace des deux escadrons de réserve au Quartier. Celui-ci est désert. Un homme nous dit qu'ils sont à la gare pour l'embarquement. Nous y allons et en cours de route nous voyons les anglais qui occupaient le pays, se préparaient à faire sauter les ponts au premier signal. Ils plaçaient leurs mines en dessous des arches du pont devant les moulins sur pilotis.

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 A la gare, nous arrivons juste à temps pour voir notre escadron embarqué et sur le point de partir. Mon commandant me donne des ordres pour que je puisse me procurer un wagon pour mes hommes et nos chevaux et les suivre! Ce ne fut pas si facile que cela. Tout d'abord pas moyen de me procurer un wagon. Le chef de gare voulait que je parte par la route ...pour aller où et avec nos chevaux ! Nous n'aurions pas été bien loin. Enfin je trouve un fourgon vide, nous le poussons à quai et nous nous y installons. Ce n'est pas tout, il ne va pas partir tout seul. Je vais aux nouvelles et enfin d'autres wagons sont accrochés au nôtre. Ils sont occupés par des soldats anglais blessés, mais nous ne bougeons pas. En gare il n'y avait plus qu'une locomotive elle était réservée pour le cas d'évacuation rapide des autorités de la ville et de la gare. La voie devait être minée et devait sauter en cas de retraite. Sur le quai des soldats anglais viennent de faire leur repas et lavent tranquillement leur vaisselle.

 Les nouvelles ont dû être plus rassurantes, une fois de plus je venais d'expliquer mon cas au maire de Meaux (M. Lugol), coiffé d'une casquette de chef de gare, ou mieux un képi recouvert d'une étoffe blanche pour montrer ses fonctions nouvelles. Au petit jour notre convoi est constitué et se met en marche. Nous ne savons pas où nous allons : nos chevaux occupent un côté du fourgon et nous l'autre moitié. Nous avons un peu de foin et d'avoine que nous avons déniché pendant notre longue attente.

 

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12 décembre 2013

6 - Suite "Avant la première bataille de la Marne"

  Après avoir quitté Meaux et aux environs d'Esbly nous voyons l'artillerie anglaise rangée roue à roue comme pour passer une revue. Les abords du tunnel de Chalifert sont eux aussi occupés par l'artillerie anglaise, c'était l'ultime point de recul. La Bataille de la Marne allait se jouer, le grand coup du 5 septembre allait avoir lieu.

 

 Notre train est arrivé en vue de Paris après de nombreuses pauses surtout dans les gares de banlieue. Nous sommes restés une demie heure sur une voie de garage en face d'un wagon de première classe. Cela nous a permis de "réquisitionner" les coussins des banquettes, pour nous faire des matelas, que nous avons gardé jusqu'à la fin de notre long voyage. Nous ne savions toujours pas où nous allions, mais nous avons bien fait d'être prévoyants. A une autre pause, notre wagon était arrêté cette fois devant un quai encombré des sacs remplis de paquets de tabac. Mes voisins qui étaient des fumeurs ont pu s'approvisionner à bon compte à leur grande joie, car ils n'avaient pas été possible de faire achat de tabac au départ. Pour ma part cela ne m'interessait nullement, puisque je ne fumais pas à cette époque.

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 Nous avons ensuite été aiguillés sur la grande ceinture, pour contourner Paris et passer par Juvisy avant de descendre vers le sud. Nous commencions à nous demander où nous allions et si nous n'étions pas prêts d'arriver au but. Le chef de train ne pouvait nous renseigner ne sachant lui-même où il allait. A la demande de mes 4 types, des civils appuyés le long des haies en bordure de la ligne, leur passaient des bouteilles de vin qu'ils avaient apportés probablement pour en offrir aux convois de blessés qui passaient là depuis quelques jours. Au cours d'une des nombreuses manoeuvres nous avons dû être décrochés du train de blessés anglais, en tout cas nous ne nous en sommes pas aperçus.

 Au petit jour au cours d'une halte nous nous procurons de l'eau pour donner à boire à nos pauvres chevaux qui mourraient de chaleur étant serrés les uns contre les autres. Nous descendions vers le midi ; A travers le brouillard nous reconnaissons Lyon. A un moment donné nous avons dû être raccroché au train de notre escadron, mais nous ne le savions pas, probablement la nuit lorsque les wagons anglais ont pris une autre direction. Nous avions alors rattrapés nos camarades en gagnant 12 heures sur eux, c'est à dire qu'ils ont dû faire encore plus de pauses que nous. Avant le lever du jour, nos portes étaient fermées, nous dormions en paix! C'est alors qu'un  bruit formidable à notre porte nous réveille en sursaut puis un autre coup suivi d'un commandement "voulez-vous vous dépêcher de descendre là dedans". Nous étions arrivés au but.

 Nous avions fini de vivre en indépendant, c'était si bon! Mais nous n'avions pas à faire connaître nos impressions...

 Nous étions à Béziers. Une fois le débarquement terminé nous nous mettons en route vers nos nouveaux cantonnements.

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14 décembre 2013

7 - Dépôt du 8e Hussard à Beziers.

  Notre cantonnement était dans le bas de la ville, sur les quais du canal. Les deux escadrons se sont installés dans des maisons inoccupées et dans des chais.

 Nous couchions sur le carrelage des pièces ; puis peu à peu avec de la paille,nous avons fait notre chambre. Des chevaux de réquisition arrivaient. Nous en recevions aussi du front, tous blessés par la selle restées des jours et des nuits pendant la retraite de Charleroi. (Quand on leur a enlevé la peau venait avec!)D'autres avaient en plus des blessures légères aux pattes ou des trous de lances dans les cuisses donnés par les Uhlans* lors des corps à corps. Tous se rétablirent relativement vite.

 Certains chevaux que nous pensions ne jamais revoir sur leurs pattes avec des plaies énormes en putréfaction, étaient soignés avec art par les vétérinaires et ne tardaient pas à se remettre, comme les poilus bons pour retourner au front à la première occasion.

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- Cette aquarelle est plus jaune qu'orangée en réalité - (note de Pascale)

 

 Pour nous qui restions, nous avions une vie de Quartier, tout était désormais organisé : service de semaine, de garde, planton en ville, patrouilles, etc...puis assistions à des rapports, faisions des classes à cheval pour les bleus de la classe 14 qui arrivaient. Nous faisions aussi des maniements d'armes (il était écrit arbres, mais je suppose que le bon mot est armes!) à pied ou à cheval.

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17 décembre 2013

8 - Suite " Dépôt du 8e Hussards à Béziers".

  Il m'est arrivé souvent d'être commandé de service pour aller avec un fourgon et quelques hommes à la manutention militaire qui était de l'autre côté de la ville. Nous y allions le matin à la première heure. Il fallait passer le pont et monter en ville. Je prenais souvent les guides pour conduire mon équipage, c'était une distraction. Les hommes commandés de corvée s'en réjouissaient toujours, car c'était plus agréable, comme travail d'abord, le chargement des boules de pain n'était pas pénible et de plus ils recevaient un petit pain fantaisie ou un croissant au choix, en dehors d'un copieux repas que nous partagions tous avec le chef de la manutention. Il était 8 heures du matin, mais une soupe puis un ragout ou autre plat de résistance, des légumes et du fromage disparaissaient rapidement. Nous redescendions alors sur notre dépôt. La fois suivante quand on demandait des hommes pour la corvée de pain, les volontaires ne manquaient pas.

 

 Parmi les services en ville que devaient assurer les sous-officiers existait celui de "planton à la tenue". Ce n'était guère amusant, tout au moins pour ceux qui préféraient aller à la guerre que de faire à nouveau une vie de quartier, car il fallait marcher toute la journée sur les allées Paul Riquet, pour y surveiller aussi bien les fantassins que les cavaliers et aussi pour bien montrer aux autorités qui s'y trouvaient que l'on faisait son service. Il fallait dès le matin passer au Bureau de la Place, prendre les consignes puis le soir rapporter une liste la longue possible de soldats interpellés pour leur mauvaise tenue. Il m'est souvent arrivé de ne pas donner de liste du tout le soir. (A mon avis tous les soldats rencontrés avaient une tenue que je jugeais convenable), mais le commandant de la Place n'était pas de mon avis ! Pour lui c'était une liste qu'il lui fallait, je laissais ce soin à mes collègues qui eux espéraient rester au Dépôt le plus longtemps possible. Pour ma part il suffisait de ma promener une journée entière en tenue, sabre au côté et révolver dans son étui, marcher tout le temps, monter et descendre les allées. Il y avait aussi les patrouilles à faire avec quelques hommes qui eux en avaient vite assez d'aller et venir par les rues et les allées. Il y avait un itinéraire de prescrit que l'on ne manquait pas de faire, même plusieurs fois. Mais quand arrivait midi et que notre itinéraire nous rapprochait du square, nous en profitions pour y entrer et nous reposer sur un banc à l'extrémité du parc environ une heure. Un cavalier se dépêchait d'aller chercher croissants et chocolat. Il n'y avait pas un chat dans les rues à cette heure là, donc pas de mauvaises tenues à signaler, le service était donc fait régulièrement. Nous avions ainsi plus de courage pour terminer la journée et attendre le moment de réintégrer notre cantonnement.

 

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18 décembre 2013

9 - Les Chevaux et Carcassonne

   Tous les jours nous faisions des sorties à cheval, soit au terrain de manoeuvres, soit dans la campagne environnante. Nous possédions des chevaux de réquisition, plus ceux revenus du front et rétablis ou encore de jeunes chevaux arrivants du Canada, à demi-dressés.

 

  A ce moment j'ai eu une jument très douce, grise, fine et agréable à monter. Elle avait un défaut en ce sens qu'elle ne savait pas marcher au pas comme les autres. Elle marchait tout le temps au "Pas de Parade" ou "Pas espagnol", surtout dès les premières notes des trompettes. Elle était rapide et intelligente. J'aurais aimé partir au front avec elle aussi je l'aimais et la soignais.

 

  De temps en temps je faisais une demande pour partir au front, en attendant que mon tour arrive pour aller rejoindre le 8e Hussard d'active. Une première fois j'ai demandé à partir comme observateur d'avions, une autre fois comme photographe d'avions également. Avec un ami nous étions toujours volontaires pour partir dans n'importe quoi, mais les demandes restaient souvent sans suite. Nous arrivions fin septembre et le temps nous paraissait long.

 

  Le mois d'octobre n'a rien eu d'interessant, toujours la même vie de garnison.

L'on nous a vacciné pour la première fois contre la typhoïde. J'étais justement de semaine, ce qui fut un bien pour moi, car le repos était prescrit pour tous. Pour ma part il m'a bien fallu assurer le service comme si de rien n'était, faire la distribution du fourrage et assurer toutes les corvées. J'avais l'épaule endolorie comme si j'avais reçu un fort coup, elle était douloureuse, mais allant et venant je ne m'en suis plus occupé. Cependant tous les autres qui restaient inactifs ont été malades et certains même très souffrants, avec de la fièvre....

 

  J'obtiens peu de temps de là avec mon ami Montariol (le volontaire pour partir au front)la permission de la journée pour aller voir Carcassonne. N'y a t-il pas un dicton local disant : "voir Carcassonne et mourir". Je connaissais déjà ce pays pour y être allé en 1910, mais Montariol ne le connaissait pas. Nous avons vu la cité merveilleuse, fait le tour de ses remparts et parcourus ses ruelles pavées autant que tortueuses et montantes. Il y avait un bonhomme qui présentait dans une pièce un petit Carcassonne en carton pâte. Il faisait l'obscurité une fois quelques visiteurs entrés, puis au moyen de lumières électriques rouges dissimulées à l'intérieur de sa cité il faisait l'embrasement de la ville.

 

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  Quelques jours après le Maréchal des Logis chef m'apprend qu'on lui avait demandé d'urgence des volontaires pour partir comme agents de liaison dans l'infanterie!!! un cavalier avec des fantassins, personne ne savait ce que cela voulait dire. Il m'avait désigné sachant mon désir de partir "là-haut"! 4 camarades sont inscrits aussi (mais pas Montariol). Je pouvais encore refuser, mais j'ai accepté. Le départ était fixé pour le lendemain 18 novembre, pas une minute à perdre cette fois, nous devions embarquer avec nos chevaux. Justement il y avait une épidémie de gourme* et ma jument grise ne pouvait remplir mes nouvelles fonctions! Je n'avais plus beaucoup de choix, j'ai pris une bonne et brave bête pas forte ni résistante. Une fois mon paquetage sur son dos, sabre à la selle et moi sur le tout elle avait du mal à soutenir le trot longtemps. Elle s'empressait de se remettre vivement au pas.

* Cliquez sur le mot pour connaitre sa définition.

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