Fin octobre alors que la Compagnie de Mitrailleuse occupait les tranchées à gauche du Bois des Charbonniers j'allais souvent la nuit avec le Capitaine Delumeau faire une petite inspection vers les lignes.

- Bois des Charbonniers - 29 octobre 1916 - Jean Bousquet

 

Bois des Charbonniers - 29 octobre 1916 - Jean Bousquet

 Bois des Charbonniers - 29 octobre 1916 - Jean Bousquet

 

Bois des Charbonniers - 30 octobre 1916 - Jean Bousquet

Bois des Charbonniers - 30 octobre 1916 - Jean Bousquet

  Un soir le Capitaine m'annonce que vers minuit il viendrait me chercher pour aller faire un petit tour avec lui ; dans notre cabane mes collègues jouent aux cartes. un instant je veux me mettre de la partie sans rien y connaître. Je perds un peu pour commencer, puis la chance revient. Je commence à gagner mais il était temps que le Capitaine arrive,  chance commençait à m'abandonner. Dehors il faisait froid, nous marchions dans des terrains détrempés et nous étions enveloppés dans le brouillard. Une note parue dans la soirée et qui avait été communiquée aux avants-postes prévenait qu'il y avait lieu de se tenir ce soir là sur nos gardes, on craignait une attaque des boches. C'est pourquoi le capitaine voulait se rendre compte par lui même si le service était correctement fait. Nous passons à travers champs, nous pénétrons dans un abri où tout le monde ronflait en cadence! Les brodequins traînaient en tout sens...joli spectacle pour des hommes en lignes qui devaient se tenir sur leurs gardes en vue d'une attaque possible ; de plus il ne faut jamais commettre l'imprudence de se déchausser. Le Capitaine est navré. Nous faisons demi-tour sans réveiller personne. Dans un boyau nous rencontrons un poilu emmitouflé qui nous laisse passer sans avoir l'air de nous reconnaître. Nous remontons sur le parapet, dans l'ombre le Capitaine venait d'appercevoir une mitrailleuse en position de tir mais personne à côté. Sans rien dire il enlève la pièce dessus le chevalet et va le cacher un peu plus loin. Nous continuons notre chemin pour aboutir à une baraque sous bois, une autre section est plongée dans le plus profond sommeil !

  Nous revenons, le Capitaine ne dit mot. Il est navré...si un autre que lui un Général ou un autre était passé à sa place que se serait-il produit...Le lendemain il est allé voir ses chefs de sections. Pas une punition n'a été donnée ; le motif aurait été beaucoup trop grave. Il y avait abandon de poste en temps de guerre, tous les coupables auraient du passer "au tourniquet" (Conseil de Guerre), pouvant entraîner les pires sanctions, les hommes de garde de cette heure risquaient la peine de mort....personne n'a jamais eu vent de cette affaire grâce au bon coeur du Capitaine Delumeau. Il savait que dans un secteur où il y avait du danger, il devait compter sur tout son monde, mais en Lorraine c'était un secteur de tout repos.

 

  Nous venons finir l'année aux environs de Nancy, à Seichamps où nous passons nos réveillons de Noël et du Jour de l'An. Nous avions depuis peu des renforts, les Compagnies étaient de nouveau complétées. A la Compagnie de Mitrailleuses nous venions de recevoir Bloch (dit Gem-Bloch) ancien cavalier passé dans l'infanterie comme beaucoup de cavaliers en 1915.

  Notre Sergent Major nous donne des concerts de violon.....l'année 1916 se termine dans le calme.

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4 novembre 1916 - Le nouvel agent de liaison de la C.M.6 (Jean Bousquet) - Bois des Charbonniers

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