Une fois au P.C. nous ne pouvons pénétrer à l'intérieur des abris. Nous devons nous contenter de nous débarrasser de nos affaires et nous blottir où nous pouvons. les poilus du 234° que nous venons relever et qui doivent quitter le secteur qu'au petit jour restent dans leurs sapes et abris. La liaison arrive à se caser sur les marches d'une sape après avoir parcouru les différentes tranchées pour reconnaître les emplacements de leurs compagnies. Cette première nuit n'est pas un repos.

Au petit jour le 234° s'en va ; les consignes sont passées mais quelques Officiers restent, entre autres le Commandant. Un grand diable sec à l'accent du midi et grossier au possible ; il aurait bien voulu aussi partir avec son Bataillon. Peu après j'avais l'occasion de me prendre de bec avec lui - il n'en revenait pas, il n'a su que me répondre.

Le matin de la relève nous attendions le petit jour avec impatience, mais un brouillard nous enveloppait, nous ne pouvions rien voir. C'était désagréable, surtout ne connaissant pas ce secteur ; un vrai labyrinthe. Nous l'avons appris par la suite, puisque des hommes de chez nous voyant devant eux des dessus de casques luire au clair de lune tuaient les nôtres d'une autre compagnie que la leur, on l'a constaté en extrayant des cartouches françaises de leur tête. Quelques coups de feu partent à notre gauche, puis s'étendent sur trois compagnies. Enfin la fusillade est générale, les mitrailleuses entrent dans la danse. Nous demandons le secours de l'artillerie avec nos fusées placées en permanence à côté de notre poste. Aussitôt les 75 claquent sec, les obus boches arrivent dans notre parage, puis enfin tombent de tous côtés. D'autres obus éclatent sans que nous ayons seulement le temps de les entendrent venir. Certains passent au dessus de nos têtes comme s'ils rasaient le sol ; s'ils rencontrent un tronc d'arbre c'est un fracas épouvantable, nous sommes enveloppés de fumée, enfin ça devenait sérieux.

Nous apprenons que l'attaque semble se déclencher avec plus de vigueur du côté de la 21 ; nous devons leur porter rapidement des cartouches et des grenades, nous y allons à trois avec des petites caisses, devant nous des téléphonistes s'engagent dans le boyau pour réparer la ligne coupée, un obus arrive dans la tranchée bouleversant tout ; nous nous relevons, mais le terrain a changé d'aspect et nous ne sommes plus que deux. Les torpilles se mettent de la partie, cette fois voilà des trous d'importance, le sol tremble. Dans le fond des abris nous pouvions par la suite distinguer les éclatements rien qu'à la secousse et à voir les flammes des bougies vaciller.

Le calme revient petit à petit et le jour apparaît dès que les fumées sont dispersées. Je rencontre alors le Commandant du 234, (le nôtre était au plus profond de sa sape) il voulait absolument partir, il criait, gesticulait, mais il ne retrouvait pas son ordonnance pour porter ses affaires et le conduire en lieux sûrs. Je l'avais réquisitionné pour conduire au poste de secours un groupe de blessés de la 21 qui venait me demander où il se trouvaient. Je l'ignorais moi-même.

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Verdun 1916. Réduit d'Avocourt. S L. Laurent tué plus tard à Vaux Chapitre.

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Réduit d'Avocourt 1916 - 23° Cie

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Réduit d'Avocourt 1916 - 22° Cie