Le 1er Juillet nous relevons au réduit d'Avocourt le 234° régiment d'Infanterie (de notre Division).

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24 Juin 1916 . La halte au cours de notre déplacement pour aller dans le secteur du réduit d'Avocourt.

En pleine nuit après avoir parcouru un bois à l'extrémité duquel nous cantonnions dans la boue, nous pataugeons dans les ornières sans nombre, il faut contourner de gros trous d'obus plein d'eau. Souvent courber l'échine quand une marmite passait en sifflant au dessus de notre groupe. Il y avait un petit temps d'arrêt pour laisser le temps aux éclats de tomber à la ronde et l'on se remettait en mouvement. Dans certains layons où la circulation était intense en raison des corvées journalières de soupes et de ravitaillement en munitions d'artillerie et de toutes sortes, il n'y avait plus de chemin, amis une sorte de ruisseau boueux! Dans le fond l'on sentait qu'il y avait eu des fagots de couchés, mais ils s'étaient enfoncés dans cette gadoue. Des hommes pour se protéger les jambes avaient eu l'idée de se les entourer avec des sacs à terre en guise de guêtre. Ils n'avaient pas recherché l'élégance, mais leur pantalon était moins trempé en arrivant aux positions. Il nous arrivait d'enfoncer jusqu'aux genoux et c'était miracle que personne ne se soit allongé dans cette sauce. L'on se prenait souvent les pieds dans les branches invisibles, comme toujours l'on entendait des jurons, mais la plus grande partie de la masse avançait en silence. Enfin nous arrivons à la lisière du bois, nous longeons des pièces d'artillerie dont les départs nous brisent les oreilles, l'on est fatigué, étourdi, trempé. Il nous tarde d'être au but pour se débarrasser du "barda".

Nous abandonnons le bois pour descendre dans une vallée pour trouver un boyau qui nous conduisait vers les lignes. Il est droit pour commencer mais pas exempt de boue. On y est maintenant habitué, nous dépassons à peu de là, un modeste abri fait de pierres et de tôle ondulée. Un factionnaire l'occupe. A partir de ce moment le boyau est en zigzag pour servir de pare-éclats, afin qu'un obus venant à tomber ne puisse le prendre d'enfilade. La liaison était en tête, à nos côtés nous avions un agent de liaison du 234° pour nous guider. je suis tantôt en avant tantôt en arrière du commandant Lavelle.

Les fusils, les musettes, les bidons, les boites à masques raclaient continuellement les côtés des tranchées. Tout cela était plein de boue, de mottes de terre et s'accrochait parfois aux fils téléphoniques qui longeaient le boyau et qu'il fallait souvent réparer (mais ce n'était pas notre travail). Les obus commencent à passer au dessus de nous, nous approchons du but. Nous sommes dans les tranchées de 2° ligne, le Boyau d'Antibes est celui qui nous conduit au poste de Commandement. Notre artillerie devient un peu plus active. Elle vient de recevoir des obus dans ses parages, les boches ripostent. Un gros obus boche tombe un peu en avant de nous, mais cette fois l'un d'eux est tombé dans la tranchée. Nous croisons une équipe de territoriaux qui justement s'y trouvait ; ils étaient en train d'y faire des travaux pour maintenir la boue et refaire les parapets. Deux des leurs sont tués, un entonnoir nous oblige de quitter momentanément notre chemin et contourner les morts ; cela occasionne des à coup dans notre marche. Enfin nous reprenons notre chemin pour arriver au but.

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26 Juin 1916 - secteur d'Avocourt. La liaison au camp de Verrières

1.Pouget (le Clairon) 2. Moreau 3.Laville (21°C) 4. Carbonnel (22°C) 5. Adt Papin 6.Camps (le Cuistot tué le 3/9/16) 7. Gailland (23°) 8. Fort (téléphoniste tué en 1917) 9. Rougeon (cycliste prisonnier en Sept 16) 10. Bousseau (qui le 3/9/16 ramena un Officier boche).