Dans notre entonnoir de pierres ils craquaient avec beaucoup de bruit, les éclats volaient en tous sens.

  Du coin où je me tenais je dominais toute la position du Bataillon ainsi que le ravin de la Mort ; au petit jour je pouvais encore distinguer les traces de notre passage autour des trous d'obus , par le petit sentier de terre battue que nous avions fait. Peu après il n'y en avait plus trace, les obus phosphorescents laissaient des lueurs après leur éclatement, d'autres à gaz laissaient des vapeurs bleuâtres au dessus de leur trou. Par dessus le tout, les fusants éclataient avec rage en laissant des petits flocons de fumée.

  Comme pour l'attaque de Flirey en 1915 notre Bataillon était prêté à un autre régiment. Nous étions sous les ordres du Colonel du 344e R.I de Bordeaux (de notre division cette fois). Ce régiment avait déjà parait-il laissé à d'autres attaques une partie de son effectif, probablement à la Bataille de Champenoux en 1914, son drapeau, son colonel (je crois) et sa clique. Le P.C. du colonel état également dans la carrière un peu à notre droite après le Poste de secours, dans une sape creusée dans le rocher.

  J'allais oublier de parler du Bois de Vaux Chapitre. Pourtant il faisait parler de lui dans les communiqués. Il était devant nous à gauche de notre Compagnie, en liaison avec le Bataillon du 344. En fait de bois,où à notre arrivée  l'on pouvait encore distinguer quelques souches et troncs, deux jours plus tard tout était rasé, l'on voyait les racines sauter en l'air quand un obus tombait dans ce coin là ; il n'y avait plus que des trous d'obus les uns à côtés des autres, quelques troncs d'arbres couchés par-ci par-là, de gros fusants éclataient au dessus avec force bruit.

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  La nuit des hommes venaient des Compagnies nous apporter de plis plus ou moins utiles...vraiment la vie des poilus était mise en jeu pour rien...comme lorsque l'on a envoyé aux lignes les agents de liaison pour répondre à une demande de l'arrière que le Commandant aurait dû garder quelques jours dans sa poche. On lui demandait de dire la situation de chaussures manquantes  ou à remplacer pour le moment où nous descendrions en repos. Des hommes se sont faits tuer pour cela et bien entendu l'effectif diminuant à chaque instant l'étât demandé ne pouvait servir absolument à rien!

  Des lignes et de notre abri, des poilus allaient la nuit au Fort de Souville, chercher de l'eau dans les bidons et des vivres, mais c'était beaucoup s'exposer pour rien, car en fait de vivre l'on nous rapportait du chocolat. Nous en avions plus que nous ne pouvions en consommer. L'eau et le pinard faisaient plaisir bien sûr, mais ceux qui allaient ainsi au Ravin de la Mort chercher des bidons d'eau risquaient à chaque instant leur vie aussi réduisions nous le plus possible notre consommation.

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Verdun 1916 - Carrière de Vaux-Chapitre. Casque boche.