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La végétation reprenait le dessus malgré tout.

Pendant une de nos périodes de repos au Bois de Verrières, nous avons eu un renfort de Martiniquais qui venaient combler les vides dans les compagnies. J'étais justement dans le bas d'un ravin près des cuisines roulantes lorsque ces pauvres bougres sont arrivés. En général ils étaient je crois tous de bons garçons, quelques uns étaient instruits. L'un d'eux un sergent, était ingénieur et directeur des tramways de Saint-Pierre. Il était très grand et très bon camarade. Ils étaient tous catholiques et le dimanche ils ne manquaient pas de faire cercle autour de l'infirmier de la 23 qui disait la messe à moins que ce soit un Lieutenant du 5e bataillon également curé en temps de paix! Quand nous allions au repos ils étaient les premiers à occuper les chaises de l'église. Je fûs même surpris après leur affectation au 206 en entrant dans l'église de Charmontois-l'Abbé où nous venions d'arriver, de voir le long des murs blancs toutes leurs têtes se détacher en noir comme sur un écran.

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Toilette lors d'une halte en descendant du réduit D'Avocourt

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Après un exercice le Colonel donne des explications sur la manoeuvre - Charmontois le 16 août 1916 -

 Un autre jour que j'étais justement près des roulantes et qu'un nouveau renfort de noirs arrivait j'ai eu le plaisir d'être appelé par mon beau-frère Capitaine au 304 R.I. en secteur un peu sur notre droite, à la côte 304. Il profitait d'une relève pour venir me rendre visite. J'ai scellé mon cheval qui justement était dans ce ravin et suis allé l'accompagner jusqu'à son cantonnement. C'était un dimanche, son régiment entourait les musiciens qui donnaient un concert. J'ai fait la connaissance du Colonel du 304 qui alors m'engageait à faire une demande de changement de Corps pour passer au 304. Ce que je n'ai jamais fait. J'ai eu l'ccasion d'y retourner une ou deux fois encore et de faire des petites promenades à cheval avec mon beau-frère et quelques uns de ses officiers.

 Au Bois de Verrières, il nous est arrivé à plusieurs reprises d'être alertés par des cris poussés par les poilus d'un peu tous les côtés. Une bonne partie d'entre eux se précipitaient, certains avec leur fusil...un sanglier venait de traverser le bois ou de rôder près des "roulantes". Une cinquantaine d'hommes couraient à travers bois puis ensuite à travers champs, mais souvent se laissaient distancer par leur gibier ; certains jours ils revenaient avec leur lourd butin.

 Au cours d'une relève après huit jours de lignes, je suis commandé pour partir avant le jour au Bois de Verrières pour prendre les consignes de toutes sortes et préparer le cantonnement ; il pleuvait à plein temps, les tranchées s'éboulaient, l'eau entrait dans les sapes des compagnies et descendait les marches en cascades. Il fallait les entendre crier la dedans ! Surtout si un barrage placé devant l'entrée venait à céder. Par endroit des bottes boches sortaient du sol, un coup de pied vous signalait la présence d'un pied dedans et peut-être de son corps au bout. Lors des attaques du réduit d'Avocourt les boches avaient été enterrés sommairement sur place puis les tranchées furent approfondies.