Le commandant fit venir une équipe de sapeurs du génie pour faire un nouvel abri en dessous de celui qu'il occupait. Pour cela ils creusèrent dans des roches qu'ils rencontrèrent et descendirent de quelques mètres en dessous de l'abri que nous avions trouvé en venant dans ce secteur du réduit d'Avocourt. Je ne sais si ce travail a été fini de notre temps et si le Commandant aura eu la satisfaction d'en prendre possession, en tout cas j'ai vu les poilus y travailler avec art et un escalier fortement amorcé la dernière fois que je suis descendu par là.

  Pour ma part j'avais abandonné mon abri au pied de mon arbre pour aller dans une tranchée plus passagère ; j'étais plus près de la 21° compagnie sans m'être éloigné du P.C. en cas de besoin l'on pouvait m'avoir plus rapidement.

  Sans vouloir énumérer les tués et les blessés que nous avions journellement, nous en avions toujours beaucoup trop. Tous les soirs le nombre de tués et de blessés était communiqué par téléphone (en Landais) au bureau du Colonel qui transmettait lui-même l'état complet du régiment à l'arrière.

  Chaque nuit des équipes de chaque compagnies partaient à la corvée de ravitaillement. Le corps garni de bidons, quelques fois 10 ou 15 pour rapporter le pinard. C'était une difficulté pour passer à certains endroits des boyaux tortueux et peu large mais dès que cela était possible et à la faveur de l'obscurité les poilus montaient sur le dessus des tranchées et suivaient un petit chemin qu'ils avaient tracé à force de passer et qui les conduisait directement au bois. A peu de distance d'une batterie de l'artillerie venaient chaque nuit les cuisines roulantes qui venaient elles-même de notre cantonnement de repos du bois de  Cerrières. Elles passaient donc chaque fois dans les chemins défoncés que nous connaissions ; leur point de rassemblement était comparable à un vrai marché, toutes les équipes se retrouvaient là ; l'on causait, le courrier était remis à chaque représentant de Compagnie, mais la première chose que faisait les hommes de corvée de soupe était de se servir un quart de jus, qu'il était presque impossible de boire malgré la grande envie de se réchauffer, la quart d'aluminum vous brûlait les doigts et les lèvres.

  Ensuite les rations de viande et de soupe était servies dans les bouteilles de chaque section, puis le jus et le pinard. L'on était mis au courant des potins de l'arrière et la colonne reprenait le chemin du "réduit d'Avocourt. Le petit jour se montrait au moment de l'arrivée des poilus dans leurs compagnies.

  Je n'étais pas tenu de participer à ces corvée, mais n'ayant pas beaucoup de sommeil et comme chaque nuit les corvées passant devant le trou où je couchais, je pouvais me mettre en route avec elles et passer ainsi un moment à m'occuper, au besoin prendre une partie de la charge d'un poilu.

  Comme la boue du boyau entrait avec beaucoup trop de facilité dans mon trou légèrement en contrebas, je bouchais l'entrée avec un morceau de tôle ondulée que j'avais ramassé.