En février nous revenons occuper le secteur d'Erbéviller et des postes environnants. L'église est rasée, la majorité des maisons n'existe plus, nous nous contentons d'abattre les murs les plus dangereux pour éviter les accidents. Nous réparons les maisons les moins mauvaises.

 Une maison ainsi retapée sert de salle de douches, d'autres de poste de secours, de bureu de Compagnie etc...

 Dès notre arrivée, je suis invité par des sous-officiers d'artillerie dont la batterie est à la sortie du pays. C'est la chandeleur, je dois partager avec eux les traditionnelles crêpes très réussies d'ailleurs.

 les Compagnies faisaient des travaux pour l'organisation du secteur et à tour de rôle l'une d'elle venait au repos à Erbéviller. Ce repos constituait vraiment en une journée à mettre de l'ordre dans leurs affaires, comme faire la lessive. Les autres jours étaient occupés à faire des exercices dans les environs. La compagnie de mitrailleuses sous les ordres du Capitaine Delumeau faisait habituellement son cours aux abords des ruines de l'église.

 Mon travail consistait à ce moment là à aller tous les jours au début de l'après-midi à Hoéville pour y prendre le courrier du bataillon et les ordres du colonel. A vrai dire pendant toute la guerre on a jamais bien su que faire de moi. Mon emploi d'Agent de Liaison auprès d'un chef de Bataillon avait été prévu pour une guerre de mouvement, afin de transmettre les ordres de mon chef à ses subalternes ou aller prendre les ordres auprès de ses supérieurs. Avec la guerre de tranchées mon poste devenait superflu, j'étais spectateur et aussi un peu à toutes les sauces. J'étais venu au front pour faire la guerre et je ne faisais que de la photo.

rémériville 1915 001

 Nous avons occupé par la suite Réméréville, village à peu de distance d'Erbéviller en allant vers Saint-Nicolas-de-Port.

 A Réméréville j'allais tous les soirs à la nuit à Cercueil* où était le 5° Bataillon et le Bureau du Colonel. J'allais porter la situation des effectifs et prendre les ordres. J'ai fait tous les soirs mon trajet dans la nuit et souvent à travers les champs, pour me guider à l'aller j'avais les pylônes des puits "Solvey"* (les salines). Au retour je me dirigeai droit sur une petite lumière, c'était la lanterne de l'homme de faction posté au milieu de la route pour prévenir les voitures qu'il y avait une sentinelle et aussi un barrage.

 Un soir un Bataillon se joint au reste du régiment pour s'embarquer près de Nancy et débarquer peu après à Toul.

*Cerceuil se nomme Cerville depuis 1972.

*Puits pour l'extraction du sel