Tous les jours nous faisions des sorties à cheval, soit au terrain de manoeuvres, soit dans la campagne environnante. Nous possédions des chevaux de réquisition, plus ceux revenus du front et rétablis ou encore de jeunes chevaux arrivants du Canada, à demi-dressés.

 

  A ce moment j'ai eu une jument très douce, grise, fine et agréable à monter. Elle avait un défaut en ce sens qu'elle ne savait pas marcher au pas comme les autres. Elle marchait tout le temps au "Pas de Parade" ou "Pas espagnol", surtout dès les premières notes des trompettes. Elle était rapide et intelligente. J'aurais aimé partir au front avec elle aussi je l'aimais et la soignais.

 

  De temps en temps je faisais une demande pour partir au front, en attendant que mon tour arrive pour aller rejoindre le 8e Hussard d'active. Une première fois j'ai demandé à partir comme observateur d'avions, une autre fois comme photographe d'avions également. Avec un ami nous étions toujours volontaires pour partir dans n'importe quoi, mais les demandes restaient souvent sans suite. Nous arrivions fin septembre et le temps nous paraissait long.

 

  Le mois d'octobre n'a rien eu d'interessant, toujours la même vie de garnison.

L'on nous a vacciné pour la première fois contre la typhoïde. J'étais justement de semaine, ce qui fut un bien pour moi, car le repos était prescrit pour tous. Pour ma part il m'a bien fallu assurer le service comme si de rien n'était, faire la distribution du fourrage et assurer toutes les corvées. J'avais l'épaule endolorie comme si j'avais reçu un fort coup, elle était douloureuse, mais allant et venant je ne m'en suis plus occupé. Cependant tous les autres qui restaient inactifs ont été malades et certains même très souffrants, avec de la fièvre....

 

  J'obtiens peu de temps de là avec mon ami Montariol (le volontaire pour partir au front)la permission de la journée pour aller voir Carcassonne. N'y a t-il pas un dicton local disant : "voir Carcassonne et mourir". Je connaissais déjà ce pays pour y être allé en 1910, mais Montariol ne le connaissait pas. Nous avons vu la cité merveilleuse, fait le tour de ses remparts et parcourus ses ruelles pavées autant que tortueuses et montantes. Il y avait un bonhomme qui présentait dans une pièce un petit Carcassonne en carton pâte. Il faisait l'obscurité une fois quelques visiteurs entrés, puis au moyen de lumières électriques rouges dissimulées à l'intérieur de sa cité il faisait l'embrasement de la ville.

 

3

  Quelques jours après le Maréchal des Logis chef m'apprend qu'on lui avait demandé d'urgence des volontaires pour partir comme agents de liaison dans l'infanterie!!! un cavalier avec des fantassins, personne ne savait ce que cela voulait dire. Il m'avait désigné sachant mon désir de partir "là-haut"! 4 camarades sont inscrits aussi (mais pas Montariol). Je pouvais encore refuser, mais j'ai accepté. Le départ était fixé pour le lendemain 18 novembre, pas une minute à perdre cette fois, nous devions embarquer avec nos chevaux. Justement il y avait une épidémie de gourme* et ma jument grise ne pouvait remplir mes nouvelles fonctions! Je n'avais plus beaucoup de choix, j'ai pris une bonne et brave bête pas forte ni résistante. Une fois mon paquetage sur son dos, sabre à la selle et moi sur le tout elle avait du mal à soutenir le trot longtemps. Elle s'empressait de se remettre vivement au pas.

* Cliquez sur le mot pour connaitre sa définition.