Il m'est arrivé souvent d'être commandé de service pour aller avec un fourgon et quelques hommes à la manutention militaire qui était de l'autre côté de la ville. Nous y allions le matin à la première heure. Il fallait passer le pont et monter en ville. Je prenais souvent les guides pour conduire mon équipage, c'était une distraction. Les hommes commandés de corvée s'en réjouissaient toujours, car c'était plus agréable, comme travail d'abord, le chargement des boules de pain n'était pas pénible et de plus ils recevaient un petit pain fantaisie ou un croissant au choix, en dehors d'un copieux repas que nous partagions tous avec le chef de la manutention. Il était 8 heures du matin, mais une soupe puis un ragout ou autre plat de résistance, des légumes et du fromage disparaissaient rapidement. Nous redescendions alors sur notre dépôt. La fois suivante quand on demandait des hommes pour la corvée de pain, les volontaires ne manquaient pas.

 

 Parmi les services en ville que devaient assurer les sous-officiers existait celui de "planton à la tenue". Ce n'était guère amusant, tout au moins pour ceux qui préféraient aller à la guerre que de faire à nouveau une vie de quartier, car il fallait marcher toute la journée sur les allées Paul Riquet, pour y surveiller aussi bien les fantassins que les cavaliers et aussi pour bien montrer aux autorités qui s'y trouvaient que l'on faisait son service. Il fallait dès le matin passer au Bureau de la Place, prendre les consignes puis le soir rapporter une liste la longue possible de soldats interpellés pour leur mauvaise tenue. Il m'est souvent arrivé de ne pas donner de liste du tout le soir. (A mon avis tous les soldats rencontrés avaient une tenue que je jugeais convenable), mais le commandant de la Place n'était pas de mon avis ! Pour lui c'était une liste qu'il lui fallait, je laissais ce soin à mes collègues qui eux espéraient rester au Dépôt le plus longtemps possible. Pour ma part il suffisait de ma promener une journée entière en tenue, sabre au côté et révolver dans son étui, marcher tout le temps, monter et descendre les allées. Il y avait aussi les patrouilles à faire avec quelques hommes qui eux en avaient vite assez d'aller et venir par les rues et les allées. Il y avait un itinéraire de prescrit que l'on ne manquait pas de faire, même plusieurs fois. Mais quand arrivait midi et que notre itinéraire nous rapprochait du square, nous en profitions pour y entrer et nous reposer sur un banc à l'extrémité du parc environ une heure. Un cavalier se dépêchait d'aller chercher croissants et chocolat. Il n'y avait pas un chat dans les rues à cette heure là, donc pas de mauvaises tenues à signaler, le service était donc fait régulièrement. Nous avions ainsi plus de courage pour terminer la journée et attendre le moment de réintégrer notre cantonnement.