Le samedi matin 1er août, je faisais justement cette réflexion : "s'il y a la guerre, je ne me rase plus" - car depuis quelques jours l'on parlait de plus en plus d'une guerre éminente, le bruit courait même que peut-être l'on ferait semblant de s'y résoudre pour donner à réfléchir aux Allemands en nous voyant nous y préparer! en somme faire une fausse mobilisation...

 

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1er août1914. En tenue pour partir rejoindre mon corps de cavalerie sationné à Meaux.

Photo prise sur notre balcon avenue Bosquet à Paris.

 

La veille au soir il y avait affluence sur les Boulevards, pour connaître les nouvelles ; mon frère Raoul avait vu la foule se ruer rue Montmartre où Jaurès venait d'être exterminé par le revolver d'un jeune justicier Raoul Vilain, rémois d'origine (son père habite encore Reims). Je n'avais pas fini ma phrase que mon Père me remet une carte postale que venait d'apporter le facteur, c'était mon ordre d'appel pour rejoindre mon Corps "immédiatement et sans délai". J'ai alors changé d'avis, j'étais à moitié rasé, j'ai continué mon travail. Je me suis alors habillé en Hussard et suis allé au bureau, au grand étonnement de Monsieur Vimont, mon "patron" et des quelques amis que j'ai rencontré ce matin là ; inutile de dire que je n'ai pas travaillé, je venais simplement prévenir que je m'absentais pour X temps.

Aussitôt déjeuné je suis parti à Meaux, où je suis arrivé dans les premiers parmi les réservistes.

Le régiment d'active était parti depuis la veille pour les Ardennes dans la direction de Rocroi, pour garder la frontière Belge. J'ai passé cette première nuit au Quartier avec ceux qui arrivaient comme moi par ordre d'appel particulier après avoir reçu la carte postale d'invitation. Le lendemain je suis désigné par le chef d'escadron Loos, commandant le Dépôt, pour aller à quelques kilomètres de là, surveiller un ouvrage d'art d'après les indications d'un pli de mobilisation ouvert pour la circonstance. Un sous-officier d'active était déjà là avec une vingtaine d'hommes également de l'active. De mon côté j'arrivais avec une vingtaine de hussards. Ceux de l'active partaient comme je l'ai appris plus tard peu après pour rejoindre le régiment au front.

Ce point où je m'installais était le tunnel de Chalifert ; la maisonnette de l'éclusier était dotée du téléphone. Il y avait un tunnel pour le train et un autre parallèle légèrement en contrebas pour le canal de Chalifert, devenu fameux depuis les inondations de Paris en 1910. A l'autre extrémité de ces deux tunnels il y avait également un autre sous-officier arrivé comme moi, commandant une vingtaine d'hommes lui aussi (Maréchal des Logis Plaud).

Quand nous avons fait la relève des 40 hommes de l'active contrairement à ce que je pensais, il y a eu une petite parade militaire que je trouvais superflue mais dont j'ai gardé un bon souvenir. L'Officier de Territoriale qui était le chef de ce secteur, les a fait placer sur deux rangs, présenter les armes, sonner la relève de la garde et défiler devant nous.

Nous prenions possession des consignes et des emplacements.